Mois de juin chagrin.
Pire phrase d'accroche ever mais bon. Quand je me décide à sortir le premier article de juin il faut que ce soit un truc dépressif.
Mais je me suis rendue compte que lorsque je traversais l'une de mes récurrentes crises suicidaires, il se trouvait toujours quelqu'un pour me dire :
" La vie mérite d'être vécue..." ou une autre phrase du genre.
Une question que l'on est en droit de se poser est sans doute : pourquoi est-on / devient-on suicidaire ?
Réalisons d’abord une étude de mon cas. Je suis dépressive et suicidaire depuis aussi loin que je m'en souvienne. Je n'ai jamais été une enfant très heureuse ou épanouie. La décision de ma mère de me scolariser n'a pas amélioré la situation. Les comportements des êtres humains à mon égard ainsi qu'une observation rigoureuse des sociétés et des modes de vie m'ont confortés dans mon idée que la vie était une entité absurde et que le bonheur, cette notion abstraite dont on me vantait les mérites se trouvait être un leurre. Ainsi, rien dans la phrase "La vie mérite d'être vécue" ne saurait me convaincre qu'il s'agit là d'une vérité absolue. Peut-être votre vie mérite-t-elle d'être vécue et la mienne non ? Pourquoi ne suis-je pas morte, me direz-vous... Et bien j'ai tendance à échouer dans tout ce que j'entreprends. Mon suicide ne fait donc pas exception à la règle.
Mais quittons un instant mon cas pour poser un postulat. Un suicidaire l'est parce que à un instant T précis, sur une période variable, la vie lui semble inutile/absurde/horrible... Ainsi, de vagues phrases éparses du même style que celle citée plus haut ne constituent en général pas un développement cohérent et argumenté suffisant pour pousser l'individu à reconsidérer ses motivations. Dans certains cas cela fonctionne et encore. Dans les cas les plus sévères cela ne suffit pas.
Une suite logique à la question précédente serait alors : Comment "aider" un suicidaire ?
Si vous êtes un fin observateur, et je sais que vous l'êtes, vous aurez sans doute remarqué les guillemets qui entourent le terme aider. Une raison simple et évidente : aider a une signification différente selon le point de vue que l'on adopte. Pour un non-suicidaire, aider signifiera ôter au suicidaire ses envies auto-destructrices. Pour d'autres aider peut signifier contribuer à rendre le passage à une autre réalité possible. Ainsi, tout est une question de point de vue. De référentiel comme dirait l'autre.
Le référentiel est la clef. Aider un suicidaire signifie avant tout se mettre à sa place. Envisager et comprendre ce qu'il endure. Se placer dans son référentiel, sa réalité. Chaque individu, et par extension chaque suicidaire est différent. Ainsi, avant de chercher à protéger le suicidaire de lui-même ou à l'éloigner de ses "pulsions" et "comportements malsains" en appelant un spécialiste, un quelconque numéro d'écoute ou pire, un hôpital, pourquoi ne pas simplement chercher à comprendre. Comprendre l'individu. Comprendre le suicide.
Un suicidaire cohérent qui vous parle posément de ses désirs de mort n'est pas un vulgaire élucubrateur décérébré qu'il convient d'enfermer. Il a très certainement un propos argumenté à livrer à quiconque voudrait l'entendre.
Je n'ai pas vocation à vous détailler ce qu'est le suicide. Cependant, à la question pourquoi souhaites-tu te suicider, je me contenterais de répondre que si vivre c'est être un être humain absurde vivant dans une société absurde et s'adonnant à des activités absurdes, alors non merci, je passe mon tour. Je préfère tenter de me suicider en attendant la mort que de ne rien faire à juste être là, subissant une existence que je n'ai pas choisie et qui me répugne. Alors oui je fais une multitude de choses comme écrire, suivre des cours, même dessiner, accroître mes connaissances, mais tout cela me permet de patienter. De meubler intelligemment mon vide en attendant le passage à une autre réalité, inconnue celle-ci. Je ne veux pas vraiment mourir. Je veux juste aller ailleurs. Voir si l'herbe est plus verte comme le disent si justement certains. Cela implique donc l'abandon d'une vie terrestre et par extension la mort. Celle-ci n'est donc pas une finalité en soit. Simplement un moyen de parvenir à une fin. Une quête de l'ailleurs.
Voilà ce que répondrais si on me demandait de détailler ma philosophie de la mort. Voyez comme nous nous retrouvons dans le même cas de figure que j'évoquais plus haut. Si je quitte mon référentiel pour aller dans celui d'un autre, alors peut-être traiterais-je mes propres propos de divagations stériles de jeune aspirante philosophe. Cependant puisque je suis dans mon référentiel je me trouve cohérente et logique, d'une certaine façon.
Pour apporter des éléments de résolution au "problème" du suicide, il semble judicieux de s'interroger sur la nature de la relation vie/mort.
De tout temps, la vie a toujours été l'exact opposé de la mort. On associe la vie à la création et la mort à une destruction. On considère ainsi un suicidaire comme un individu rejetant l'opportunité de vie qui lui est offerte pour se livrer à des comportements destructeurs menant à l'anéantissement de tout le potentiel mis en oeuvre.
Cependant, si on change de référentiel, la mort peut tout à fait se présenter comme une continuité de la vie. Une sorte de deuxième création ou quelque chose s'en rapprochant.
Pour conclure, car ce petit interlude dépression a assez duré, je dirais que la question du suicide mérite bien plus d'intérêt qu'elle n'en soulève. Pas un intérêt accusateur ou dépréciateur, mais un intérêt neutre, simplement critique.
Je n'ai pas de phrase amusante pour terminer, alors je me contenterais de :
" A la prochaine fois !"
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Un ti commentaire ?